[Neuron] 컬렉션 제작기 – #2 예술가의 발버둥

Most people choose to become fashion designers because they want to be someone impressive.
Running an academy has shown me this quite clearly.
I, however, have never thought of fashion designers as impressive, nor have I ever felt that I was perceived as such.
Since I was a child, I simply loved making things. And when it came time to choose a profession, I naturally chose the one where my talent for making stood out the most. It just happened to be fashion.
That was the problem.
It made marketing difficult.
I built up skills without ever projecting how impressive I was supposed to be as a designer. In our terms, I lacked the “star quality.”
And in the structure of the Korean market today, that has been the worst possible condition for a designer.
La plupart des gens choisissent de devenir créateurs de mode parce qu’ils veulent paraître impressionnants.
C’est un constat qui m’a frappée en dirigeant mon atelier-école.
Pour ma part, je n’ai jamais trouvé les créateurs de mode impressionnants, et je n’ai jamais ressenti que l’on me percevait ainsi.
Depuis l’enfance, j’ai simplement aimé créer.
Et lorsque j’ai dû choisir un métier, j’ai naturellement opté pour celui où mon talent pour la création ressortait le plus. Ce fut, par hasard, la mode.
C’était là le problème.
Cela a rendu le marketing difficile.
J’ai accumulé des compétences sans jamais mettre en avant à quel point j’étais censée être “impressionnante” en tant que créatrice. Dans notre langage, on dirait que je n’avais pas l’“aura de star”.
Et dans la structure actuelle du marché coréen, cela représente la pire condition possible pour un créateur.

I was someone who loved when my thoughts could lead others to reflection, to philosophy, to unexpected emotion—
but I detested being the one in the spotlight.
As I grew older, that feeling only deepened.
Even after the Paris show, I didn’t want to appear on stage.
Just applause for the name on the back screen felt more than enough.
But everyone told me to go out.
I thought it must be a matter of courtesy, so I stepped forward.
I’ve always been someone who feels uncomfortable showing my outer shell—
someone with no interest in being seen.
If I had been a singer, I would have been a faceless one,
always trying to reach people with just my voice.
J’ai toujours aimé quand mes pensées pouvaient pousser les autres à réfléchir, à philosopher, à ressentir une émotion inattendue—
mais j’ai toujours détesté être au centre de l’attention.
Plus je grandissais, plus ce sentiment devenait fort.
Même après le défilé à Paris, je ne voulais pas monter sur scène.
Des applaudissements pour mon nom projeté sur l’écran derrière m’auraient largement suffi.
Mais tout le monde m’a dit de sortir.
J’ai cru que c’était une question de politesse, alors je l’ai fait.
J’ai toujours été mal à l’aise à l’idée de montrer ma carapace—
je n’ai jamais eu le désir d’être vue.
Si j’avais été chanteuse, j’aurais sûrement été une chanteuse sans visage,
tentant toujours de toucher les gens uniquement avec ma voix.

But does that mean I dislike adorning myself?
Do I hate my own appearance? Not at all.
I enjoy taking selfies. I love buying beautiful clothes.
I just don’t want my face or appearance to influence how others perceive my work.
I’m someone whose personal style has little to do with the creations I design.
There’s no particular “buff” from being visible.
What I wear and what I create—they come from completely different places.
Est-ce que cela veut dire que je n’aime pas me mettre en valeur ?
Que je déteste mon apparence ? Pas du tout.
J’aime prendre des selfies. J’adore acheter de beaux vêtements.
Mais je n’aime pas que mon visage ou mon image influencent la manière dont les gens perçoivent mon travail.
Mon style personnel n’a que peu de lien avec ce que je crée.
Être visible ne me donne aucun “bonus” particulier.
Ce que je porte et ce que je conçois viennent de mondes totalement différents.

But with the rise of social media, where being a “designer” means having a professionally curated face, eating at beautiful places, and living a visibly successful life—
this world became a kind of prison for an ordinary citizen like me.
My writing went unread.
My thoughts only made people curious about my face.
And because I rarely showed myself, I was not even granted the right to be evaluated.
So I thought to myself:
“I need to reach a place where there are still people who care about reading.”
That is why I always translate my homepage texts into French and English.
Perhaps this small and personal space…
might someday carry me to the kind of people who are truly curious about who I am.
Mais avec l’arrivée des réseaux sociaux, où être “designer” signifie avoir un visage soigneusement mis en scène, manger dans de beaux endroits, et mener une vie apparemment réussie —
ce monde est devenu une sorte de prison pour une citoyenne ordinaire comme moi.
Mes textes n’étaient pas lus.
Mes pensées ne faisaient qu’éveiller la curiosité autour de mon visage.
Et parce que je ne me montrais que très peu, on ne m’a même pas accordé le droit d’être évaluée.
Alors je me suis dit :
« Je dois atteindre un lieu où l’on s’intéresse encore à la lecture. »
C’est pour cela que je traduis toujours mes textes du site en français et en anglais.
Peut-être que ce petit espace, si intime,
m’amènera un jour vers ceux… qui veulent vraiment me connaître.
When I came to my senses,
I no longer had money left for fabric or materials.
I was merely forcing myself to do what I wasn’t good at,
trying to fit into a mold the world had set for me.
Someone who never even cared about “looking cool”
was mimicking things that didn’t suit her,
just to sell something.
It wasn’t until I reached a point where I could no longer afford any shoot,
could no longer make any dress,
that I finally realized:
“Other people might simply stop being designers once they reach this state.”
But I cannot.
Whether I fail or succeed,
I have done this work so long
that I have learned nothing else.
I have found no other talent,
and I don’t even have the healthy body
that would allow me to work without talent.
I have no choice.
Quand j’ai repris conscience,
je n’avais même plus d’argent pour acheter des tissus ou des matériaux.
Je me forçais à faire ce que je ne savais pas faire,
à entrer dans le moule imposé par le monde.
Moi qui ne me suis jamais intéressée à “paraître cool”,
j’imitais des choses qui ne me correspondaient pas
simplement pour vendre.
Ce n’est qu’une fois arrivée au point
où je ne pouvais plus financer aucune séance photo,
où je ne pouvais plus créer aucune robe,
que j’ai enfin pensé :
« Les autres, à ce stade, pourraient simplement cesser d’être designers. »
Mais moi, je ne le peux pas.
Que j’échoue ou que je réussisse,
j’ai fait ce travail si longtemps
que je n’ai rien appris d’autre.
Je n’ai trouvé aucun autre talent
et je n’ai même pas le corps sain
qui permettrait de travailler sans talent.
Je n’ai pas le choix.

Money, I could earn again by teaching how to make clothes.
But I could no longer pour my living expenses into photoshoots for clothes that wouldn’t even sell—
just to beg the world to acknowledge me as a designer.
Korea does not consume couture.
In Korea, pursuing a couture style is something designers do merely as a way to prove themselves as “real designers.”
Unfortunately,
the sad irony is that the very thing with no path of consumption in my country
was the one thing I was best at.
Je pourrais regagner de l’argent en donnant des cours de couture.
Mais je ne pouvais plus me permettre d’investir mes frais de vie
dans des séances photo pour des vêtements qui ne se vendraient même pas —
simplement pour mendier la reconnaissance du monde en tant que créatrice.
La Corée ne consomme pas de couture.
En Corée, adopter un style couture est simplement un moyen,
pour les autres designers, de prouver qu’ils sont de “vrais” créateurs.
Malheureusement,
la chose qui n’a aucun débouché dans mon pays,
était justement ce que je savais faire de mieux.

It was around that time that I remembered the words of those who once supported my dressmaking.
“If someone like you doesn’t become a designer, then who possibly could?”
That was what he said to me.
He was the most precious person in my life.
Someone with whom I had shared the deepest emotions.
But after a head injury,
he no longer clearly remembered what we had been through.
Thinking of him, I suddenly recalled an old doll—
a mysterious, originless doll he had once gifted me
when I was about to give up just before the Paris show.
He had remembered that I had learned to make patterns by selling doll clothes.
That memory led me to rush to my atelier in the middle of the night
and dig through everything until I found the doll.
C’est à ce moment-là que je me suis souvenue des mots de ceux qui avaient soutenu ma passion pour la couture.
“Si quelqu’un comme toi ne devient pas créatrice, alors qui le pourrait vraiment ?”
C’est ce qu’il m’avait dit.
Il était la personne la plus précieuse de ma vie.
Quelqu’un avec qui j’avais partagé mes émotions les plus profondes.
Mais après un traumatisme crânien,
il ne se souvenait plus clairement de ce que nous avions vécu ensemble.
En pensant à lui, une image m’est revenue soudainement :
celle d’une vieille poupée, au visage inconnu.
Une poupée qu’il m’avait offerte,
alors que j’étais sur le point d’abandonner, juste avant le défilé de Paris.
Il s’était souvenu que j’avais appris les patrons en vendant des vêtements de poupée.
Ce souvenir m’a poussée à courir à mon atelier au beau milieu de la nuit
et à fouiller chaque recoin, jusqu’à ce que je retrouve cette poupée.

“I can still show them—my clothes.
Even without a model. Even without money for a photoshoot.”
Strangely enough, I already had every skill needed to present my collection using this doll.
Because this had always been the foundation of my craft.
From the beginning, when I couldn’t afford materials,
I practiced making patterns with doll clothes to study human garments.
“Je peux encore montrer mes vêtements.
Même sans mannequin. Même sans argent pour une séance photo.”
Étrangement, je possédais déjà toutes les compétences nécessaires
pour présenter ma collection à travers cette poupée.
Car c’est sur cela que reposait mon savoir-faire depuis le début.
Autrefois, faute de moyens,
je m’exerçais à créer des patrons en cousant des vêtements de poupée.

Now, I even had a 3D printer—
I could create the entire set myself.
I had originally planned to enter university as a sculpture major,
so sculpting came naturally to me.
Watching everything come together in my mind,
I began to see this moment as an opportunity.
“Yes… If the world’s methods don’t fit me,
then maybe it’s time to invent a new way.”
After all, I will make clothes until I die.
Perhaps even after death,
I’ll be the one who makes garments for the dead.
Whether others recognize my work or not
has always been tied to only one question:
Can I keep making?
And the answer was—yes. That was enough.
Now, whether they recognize me or not—
that’s their fate.
I’ve chosen to express myself in my way.
With the only things I had left,
and the work I knew best,
I chose to struggle in my own way.
Aujourd’hui, j’ai même une imprimante 3D.
Je peux fabriquer tout le décor moi-même.
J’avais d’ailleurs envisagé des études en sculpture —
je sais sculpter, naturellement.
En voyant toutes les pièces s’emboîter dans mon esprit,
j’ai commencé à percevoir cette situation comme une opportunité.
“Oui… si les méthodes du monde ne me conviennent pas,
alors il est peut-être temps d’en inventer de nouvelles.”
De toute façon, je créerai des vêtements jusqu’à ma mort.
Et peut-être même après.
Je serai celle qui habillera les morts.
Être reconnue ou non
n’a jamais été que la question :
Puis-je continuer à créer ?
Et la réponse était oui. C’était suffisant.
Désormais, me reconnaître ou non
sera leur affaire, leur chance… ou leur perte.
Moi, j’ai choisi de m’exprimer à ma manière.
Avec ce qui me reste.
Avec ce que je sais faire le mieux.
J’ai choisi de me débattre — à ma façon.

I named this little muse Moru—after the anvil in a blacksmith’s forge.
The tool that supports the blade beneath the striking hammer.
A new companion who will become one of my most important tools.
We’ve finished our first test shots together,
and now the real work begins.
The look used in this shoot is the inner corset
from Look No. 12 of my upcoming collection, Neuron.
J’ai donné à cette petite muse le nom de Moru,
comme l’enclume dans une forge.
Cet outil qui soutient la lame sous les coups du marteau.
Un nouveau compagnon qui deviendra bientôt
l’un de mes outils les plus précieux.
Nous avons terminé notre premier essai photo,
et maintenant, le véritable travail commence.
La tenue utilisée pour ce shooting
est le corset intérieur du look n°12
de ma prochaine collection, Neuron.





![Making of the [Neuron] Collection – #2 An Artist’s Struggle](https://eleonorelim.com/wp-content/uploads/2025/10/IMG_0833.jpg)